Sources et enjeux de la philosophie du premier Husserl / Fonti e problemi della filosofia del primo Husserl
Università di Torino 5-6/05/2026 - Sorbonne Université 9-10/06/2026
Sources et enjeux de la philosophie du premier Husserl / Fonti e problemi della filosofia del primo Husserl
Università di Torino 5-6/05/2026 - Sorbonne Université 9-10/06/2026
Gabriele Baratelli (Universität Graz), La véritable cible de la recension de Frege de la Philosophie de l’arithmétique
La présentation propose une relecture du rapport entre Husserl et Frege à partir de la recension que ce dernier consacre en 1894 à la Philosophie de l’arithmétique. Tout en reconnaissant le rôle attribué par l’interprétation historiographique dominante à la critique du psychologisme contenue dans cette recension, on cherchera à montrer que cette objection philosophique est en réalité instrumentale à un objectif plus profond : mettre en évidence les insuffisances logiques de l’approche husserlienne, en particulier son incapacité à saisir certaines distinctions fondamentales introduites par Frege dans sa théorie logique. Après avoir clarifié en quel sens le premier Husserl se révèle, selon Frege, déficient sous ce rapport, on tentera enfin d’esquisser si et dans quelle mesure les critiques fregéennes ont été reprises dans les œuvres ultérieures.
Marianne Berlie (Sorbonne Université / Univesité Paris Nanterre), Selbstbeobachtung et perception interne : enjeux chez Wundt, Brentano et Husserl
Cette contribution propose de suivre le fil directeur du concept de Selbstbeobachtung afin d’éclairer les enjeux communs à Wundt, Brentano et Husserl au sujet de l’accès au vécu psychique propre. La psychologie expérimentale de Wundt s’appuie sur la méthode de la Selbstbeobachtung comme accès inductif et programmé de l’attention portée sur l’expérience interne. Opposée à l’approche expérimentale, la psychologie empirique de Brentano est fondée sur la validité́ de la perception interne, en tant qu’elle se distingue d’une observation interne. Celle-ci est reléguée à l’observation des phénomènes psychiques passés, à l’aide de la mémoire. En reprenant la notion brentanienne de perception interne tout en réélaborant la dimension intentionnelle de la saisie réflexive, la phénoménologie husserlienne réévalue la question de l’altération de l’actualité́ du vécu par son objectivation. Dans les Recherches Logiques puis les Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps, le décalage temporel lié à la saisie perceptive du vécu n’équivaut pas à une modalité déceptive mais constitue la condition de son objectivation.
Giuseppe Guastamacchia (Università di Napoli Federico II), Was That “Everything” Really “Nothing”? Husserl’s Viennese Apprenticeship in the Shadow of Herbartianism
The talk investigates Husserl’s Viennese apprenticeship under Brentano against the backdrop of the Herbartian philosophical atmosphere that dominated Austrian academic culture in the late nineteenth century. Taking as its starting point Brentano’s remark that in Vienna he found “a Herbartian doctrine, but no Herbartian school” — and that “nothing” was “everything” — it asks whether and to what extent that “nothing” left recognizable traces in Husserl’s early thought. Focusing on the Philosophy of Arithmetic, it examines Husserl’s critical engagement with Herbart’s doctrine and with Drobisch’s Neue Darstellung der Logik, arguing that Herbartianism functioned as a productive shadow: a framework Husserl confronted at crucial junctures, took distance from, and in doing so began to articulate the distinctive conceptual vocabulary of early phenomenology.
Charlotte Morel (CNRS – Archives Husserl de Paris), Qu'est-ce que Husserl reproche exactement à Lotze?
De façon récurrente, les jugements que Husserl porte sur l’œuvre de Lotze apparaissent clivés. Il y trouve à la fois une « impulsion décisive »pour sa conception de la logique (Prolégomènes, chap. 10, appendice), en même temps que des «incohérences » (« Entwurf einer Vorrede zu den Logischen Untersuchungen », § 6), et même une « théorie de la connaissance absurde » et une « métaphysique mythologique » (ibid., §8). Et pourtant, des défauts théoriques jugés à ce points majeurs ne l’empêchent pas de voir en Lotze « l’un des plus grands philosophes allemands depuis Kant » (Briefwechsel, 1911). Doit-on s’en étonner ? Husserl insiste encore de façon frappante sur cette ambiguïté de jugement en l’attribuant à la pensée même de Lotze, qualifiant celle-ci, à plusieurs reprises, d’ « hermaphrodisme » (Prolégomènes, § 59 ; Ideen III, § 10). Je voudrais me pencher sur cette image qui recouvre en même temps les difficultés de Husserl face à son prédécesseur. Est-ce seulement du point de vue phénoménologique, que Husserl est en train d’établir, que deux versants au moins du « corps » théorique lotzéen paraissent se disconvenir à ce point, et rester sans communication possible ? Ou plutôt, qu’est-ce que le fait d’appréhender ces deux parties comme incompatibles nous apprend du passage au point de vue phénoménologique ?

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